Quatre semaine d’attente, mais le week-end du 27-28 octobre, ma cousine et moi allaient enfin connaître le Macchu Picchu ;
Depuis notre arrivée, une question revenait sans cesse, sommes- nous allées au Macchu Picchu, quand avons-nous prévu d’y aller…. comme si l’unique raison expliquant la présence de blancs dans cette contrée lointaine était ce haut site de la civilisation Inca.
Moi, je pensais que le Pérou ne pouvait se résumer au Macchu Picchu tant sa culture, ses paysages, ses contrastes sont riches…
Mais cela était avant que je découvre , enfin, cette merveille du monde…désormais, je comprends cette attache quasi obsessionnelle pour ce site, qui laisse dans l’esprit de celui qui y a posé le pied, une emprunte indélébile.
Le 27 septembre, départ paniqué à 6 heures après une quasi nuit blanche due à l’excitation et au stress du départ… nous devons prendre le bus pour nous rendre à Ollantaytambo, lieu où les curieux ont rendez vous avec le train qui les mènera aux rêves…
En effet, le Macchu Picchu se situe à 130 km au Nord-Est de Cuzco; plusieurs heures et plusieurs bus sont donc nécessaires ( Cuzco-Urubamba-Ollantaytambo-Aguas Calientes ) ... mais la vallée Sacrée des Incas offre largement de quoi se ravir les yeux ...
La première partie du voyage sera authentique, merveilleuse, émouvante. Dans le bus, nous sommes les seules blanches, nous voyageons dans un confort plus que modeste, le bruit que fait le bus est tel qu’il empêche une conversation sereine entre ma cousine et moi mais pourtant, ce voyage sera parfait…La beauté, la pureté nous accompagnera tout au long du trajet en bus; plaines immenses au premier plan, sommets enneigés au second ; un charme renversant, une douceur inouïe, un contraste saisissant.
Après une heure quarante cinq de ballade chaotique au milieu des délices de la campagne péruvienne, nous arrivons à Ollantaytambo. Et là, le voyage va prendre une toute autre tournure…c’est au milieu d’une horde de touristes armés de leurs appareils photos dernier modèle que nous nous trouvons désormais. La douceur du visage péruvien a disparu pour laisser place au regard hargneux, agressif, et si vide du touriste en quête de nouveaux exploits, de nouvelles conquêtes et surtout de nouvelles supers photos numériques !
Plus d’authenticité, plus de rêve ; nous sommes retournées dans le cycle infernal du mode de vie occidental.
C’est ainsi, mal à l’aise, honteuse de faire partie de la bande ( !) que nous grimpons dans le train qui nous emmènera de Ollantaytambo jusqu’à Aguas Calientes… dernier village où s’échouent les nouveaux visiteurs du Macchu Picchu.
L’analyse du touriste qui voyage en groupe vaut le détour je pense…
Ses yeux ne regardent pas, si ce n’est à travers l’objectif de sa caméra, appareil photo, portable et tout le tintouin. Il est fier, il est riche, il est le maître en ses lieux.
Peu importe que le paysage soit banal, il veut tout photographier, le barrage hideux, le pont délabré, les fils électrique, la locomotive…TOUT.
Il veut tout montrer à ses amis, il ne se rappellera même plus de quoi il s’agit, mais ça n’a pas d’importance, le touriste ne recherche pas l’émotion, le sens, le souvenir, il recherche la preuve, la trace, la fierté.
Et quand, alors que le train s’est arrêté, nous croisons de belles péruviennes en habit traditionnel, le groupe de francophones, moins discret qu’une meule de chiens, s’agite, se lève, sort instruments…et mitraille de photos ces femmes comme si il s’agissait d’animaux rares, ou pour ainsi dire de bêtes de foire… Peu importe, le touriste est content, il pourra montrer à ses amis sa RENCONTRE AVEC L’AUTOCHTONE … les années ont passé , certes, mais croyez-moi, j’ai l’impression de voir l’homme civilisé de Montaigne à la rencontre du Sauvage venu d’Afrique ; c’est pathétique… Je regarde ces femmes, j’ai l’impression d’assister à un viol, au pillage de leur identité et à la manipulation de leur image. Pathétique c’est le mot.
Après avoir assisté pendant une heure et demi, au spectacle désolant de l’occidental, nous arrivons enfin soulagé à Aguas Calientes. Nous quittons enfin « bofland » pour une petite enclave au milieu des montagnes où se cache le fameux Macchu Picchu. Nous respirons, Aguas Calientes (eaux chaudes) sera notre oasis, notre terre de repos, celle que l’on attendait impatiemment ; c’est de là que commencera notre périple…
Après l’achat des billets qui nous permettront de pénétrer dans l’antre du Macchu Picchu, nous commençons notre ballade. Nous avons choisi la marche plutôt que le voyage en autobus qui est cher et surtout qui selon nous, enlèvera beaucoup de charme à notre périple. Nous marcherons durement, nous marcherons doucement, beaucoup de pauses seront nécessaires, mais nous n’abandonnerons pas. Nous sommes guidés, poussés par ce désir ardent de mériter le Macchu Picchu.
Pour Caro et moi, l’ascension de cette montagne va de paire avec la découverte du Macchu Picchu. C’est un tout ; le bonheur à la vue du Macchu Picchu ne sera que plus grand si l’effort physique a été intense.
Et on avait raison ; cette fatigue physique éveille, attise, renforce les sens spirituels, psychiques, et ne rend que meilleur à l’esprit, la vue d’un site fantastique. Rares sont ceux qui ont grimpé, rares sont ceux qui l’ont mérité leur Macchu Picchu, mais, je pense aussi que, rares sont ceux qui ont ressenti ce que Caro et moi ressentirent ce jour là.
Notre corps ne répond plus de rien, on ne le sent plus, seulement s’activent, s’affolent, s’emballent cœur et esprit devant le spectacle qui s’offre à nous.
On l’a voulu le Macchu Picchu, on l’a mérité, on le vivra à cent pour cent.
La brume se sera invitée ce jour là…il est alors une heure, nous entrons dans le site. Des yeux qui brillent, une hâte de connaître tous les recoins s’emparent de nous. C’est beau, trop beau, on ne sait comment se comporter. C’est grand, trop grand, on ne sait par où commencer. Je pense pouvoir dire, qu’au début, du moins durant la première heure, nous étions un peu perdues, chamboulées, et trop pressées. On nous demande de prendre en photos, on se noie dans l’excitation générale, on s’agite à droite à gauche bref on passe à côté…
Mais une averse plus que bienvenue fera partir quasi tous les touristes vers les 15 heures, et nous aurons désormais le Macchu Picchu pour nous toutes seules… La brume s’échappe alors pour dévoiler un Macchu Picchu lumineux, silencieux, et léger comme débarrassés de petites puces encombrantes ; ce temps, cette valse des nuages dans le ciel participe à la beauté de l’instant ; un lieu mystique, mystérieux, divin, ainsi nous le vivons.
Nous entrerons alors en communion avec nous-mêmes, avec le site… Une sérénité inconnue remplace la frénésie des premiers instants. Nous sommes là, au milieu des nuages, en haut du monde…et rien ne manque en cet instant. Notre ventre qui n’a pas reçu son déjeuner, ne se plaint plus… rien ne manque…
L’émotion me saisira en plusieurs instants, une émotion qui m’est étrangère…une émotion non liée à la peur, au manque, au désir, à la souffrance, à la joie…mais une émotion liée à la plénitude , à ce sentiment que tout est parfait dans l’instant, cette sensation que la beauté en ce monde est saisissable et éternelle, cette impression de rencontrer le divin, de s’oublier dans une immense tranquillité de l’esprit… de VIVRE… le plus simplement, mais le plus sereinement possible.
Nous y resterons jusqu’à la fermeture, 17 heures (c’est qu’il fait nuit tôt là-bas !), nous rencontrerons des Lamas, nous prendrons des photos qui j’espère sont intelligentes ( je pense qu’elles le sont ), nous graverons ces instants dans notre esprit, et nous nous en irons, le cœur léger, dynamique, et heureux…
Nous rentrerons à pied … puis nous nous remplirons la panse (c’est que ça creuse la marche !). Et enfin, nous nous endormirons la tête dans les nuages, là haut, au Macchu Picchu. Ce sera une des plus belles nuits que je passerais.
Le lendemain, nous devons passer le temps à Aguas Calientes en attendant notre train ( départ 16 heures 20). C’est petit, trop petit, la seule chose qu’il y a, à part restaurants et hotels, sont les eaux thermales, mais trop chers et trop inintéressants selon les dire d’un ami anglais, nous choisirons le prélassement au bord de la rivière… bon choix, je pense…
Nous repartirons le soir, et les cons de touristes nous auront été épargnés pour le retour. Tant mieux, je profiterais pleinement des paysages dans le train, et le voyage se terminera sous un ciel étoilé, coloré comme si le soleil ne s’était pas entièrement couché …
Je vous laisse avec cette citation de ce grand poète Chilien, Pablo Neruda, qui réussit en deux phrases à exprimer, ce que j'ai ressenti, ce jour là... Ah, c'est rageant... Décidément, le talent, ça ne s'invente pas !
« Machu Picchu es un viaje a la serenidad del alma, a la eterna fusión con el cosmos, allí sentimos nuestra fragilidad. Es una de las maravillas más grandes de Suramérica. Un reposar de mariposas en el epicentro del gran círculo de la vida. Otro milagro más. »
« Machu Picchu est un voyage à la sérénité de l'âme, à la fusion éternelle avec le cosmos, là-bas nous sentons notre propre fragilité. C'est une des plus grandes merveilles d'Amérique du Sud. Un havre de papillons à l'épicentre du grand cercle de la vie. Un miracle de plus. »
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