Lac Titicaca « Puma de Pierre » en Aymara
Du 12 au 16 décembre
Du 12 au 16 décembre
→ Côté Péruvien : Les îles flottantes Uros et l’île Taquile (6 km2, 3950 mètres d’altitude).
Départ de Puno.
Changement de décor… Le lac Titicaca sera notre prochaine excursion. Lac navigable, le plus haut du monde (3810 mètres d’altitude), nous ne pouvions ne pas l’inclure dans nos projets de voyage.
En fait, le lac Titicaca constitue une frontière naturelle entre la Bolivie et le Pérou puisqu’il sépare les deux pays sur quelques 8559 km2. Nous ne ferons pas de jaloux, nous visiterons les deux côtés, Bolivien et Péruvien. On commencera logiquement par le côté Péruvien, où nous nous arrêterons à Puno, ville de passage, ville morte, ville champignon. En effet, la ville manquera grandement de ce charme auquel nous étions habitués ; et intelligentes et organisées que nous sommes, nous apprendrons à notre arrivée que nous devrons y rester, une journée durant, les départs vers les îles se déroulant exclusivement au bon matin. Nous en profiterons pour dormir, et dormir. Oui, c’est que j’avais eu l’excellente idée de partir à 4h30 du matin, et comme nous n’avions pas louer de chambre pour cette nuit là, nous avions passé toute la journée dehors dans le froid, et toute la soirée dans un bar avec nos sacs à essayer de faire abstraction de la musique pour trouver un peu de repos… c’est dire l’ état de fraicheur dans lequel nous nous trouvions le dimanche à midi. Bref, après avoir dormi 17 heures d’affilé dans une très modeste auberge de jeunesse à Puno, nous nous sommes réveillés requinqués le lendemain matin, direction le port. Nous avons choisi de voyager seulement une journée pour nous rendre, le lendemain à Copacabana.
Le bateau nous conduira aux Iles Uros et Taquile. Il y a en tout 41 îles qui ponctuent la surface plane du lac. Uros, Taquile et Amantani (que nous ne verrons pas malheureusement ! ) sont les plus connues, côté péruvien.
Nous serons entourés exclusivement de Français… au point de se demander, s’ils ne formaient pas leur équipage selon la nationalité ! Peut-être croit-il que cela favorise les rencontres, et empêche les animosités entre nations et peuples concurrents ! Ils ont tout faux. Mais, soulagement, trois belges germanophones, nous rejoindrons finalement, pour mettre un peu de piquant dans notre croisière, et un peu d’exotisme ( !) dans cette arche bien pâlotte. En fait, je pense qu’étant les seuls Belges, les organisateurs se sont dits que faire un bateau rien que pour eux, serait, quand bien même, dommageable pour les affaires !
Après 45 minutes de fraîche ballade sur ces eaux immobiles, et de conversation forcée entre concitoyens, nous posons le pied sur les iles flottantes d’Uros. L’originalité de ces îles tient au fait qu’elles sont le fait de l’homme, puisqu’elles sont constituées de roseaux appelés « totora » posés à même l’eau. Ces îles flottantes sont au nombre de 40 et elles sont amarrées à des piquets pour éviter la dérive. Les habitants ajoutent chaque semaine une nouvelle couche de roseaux pour remplacer celle qui a coulé ; mais tous les dix ans, le déménagement est inévitable et il faut reconstruire une nouvelle île. Mais, attention, ils reçoivent l’électricité grâce aux panneaux solaires et regardent la télé comme n’importe quel être humain sur cette planète !
Joli de l’extérieur, notre visite se révèlera de l’intérieur fatigante et frustrante. En fait, nous descendons du bateau et c’est un Aymara qui nous accueille (oui, il faut savoir que les Uros se sont éteints totalement il y a 50 ans environ et les Indiens Aymaras de Puno y vivent désormais) ; nous demandant de nous asseoir, je comprends que nous serons traités en touristes et en riches, bref en touristes riches. Devant nos regards interloqués, il sort une grande carte du lac, et avec un bâton, commence son cours de géo. Il enchaînera sur un cours de sociologie pratique… l’alimentation des uros, leurs modes de vie, leurs coutumes, bref je serais là assise, croyant à une mauvaise blague. Et quand, après avoir fini son cours, il nous demande si nous avons des questions, une boule dans ma gorge se forme, ça y’est je suis à Science Po, en cour d’histoire, avec cette crainte incessante d’être interrogée. Finalement, même réaction qu’à l’école, j’ai baissé la tête et feint de ne pas avoir compris, et je m’en suis sortie sans séquelle ! Le stress total !
Donc, manquant clairement de charme, et d’authenticité, je serais soulagée de partir, bien que gênée devant les regards tristes des Uros qui n’auront pas recueilli une pièce de ce bateau français. Et oui, ils n’étaient pas au courant que les français étaient radins… maintenant ils le sont !
Nous reprenons la route…
Nous mettrons trois heures pour arriver aux Iles Taquile… long, long, mais heureusement les belges détendront l’atmosphère en nous jouant quelques airs d’harmonica, et nous amuserons quand ils sortiront tout l’attirail du parfait pécheur. Fallait y penser… paradis pour les amateurs de pêche ! Préparation intense, concentration extrême, mais lancer complètement foiré… ah oui, ces belges, ils nous feront toujours bien rire !
Trois heures après, et enfin, nous arrivons à Taquile. Très différent, cette fois-ci, c’est vraiment une île, naturelle et grandiose. Malheureusement, nous n’avons que deux heures pour en faire le tour. C’est mission impossible et nous le savons ; nous ferons donc ce que nous pouvons.
Nous jouirons d’un panorama incroyable sur le lac, que nous gratifiera la hauteur du point de vue… Oui, de là haut, nous verrons ce lac différemment… du bateau, un sentiment d’infini et d’inconnu nous saisissait devant l’absence de limites naturelles visibles à son étendu …. mais de l’île, on le voit emmitouflé entre de hautes montagnes enneigées et ainsi, Titicaca nous donnera un sentiment contraire de familiarité et de protection.
Pas si dépaysant, l’île avec ses maisonnettes, ses chemins, ses murs de pierre, nous rappellera certains paysages de la Méditerranée. Mais, on ne boudera pas notre plaisir, je suis jamais allée en Grèce moi, alors je serais émerveillée par cette tranquillité, ce calme qui semble régner en maître sur Taquile. On est apaisé par ce panorama, et par ces scènes de la vie d’élevage que nous observons. C’est comme si nous entrions dans la vie de ces gens, sans qu’ils s’en rendent compte. Nous regardons cette femme affairée avec son troupeau de mouton, mais elle ne nous voit pas. Et ça c’est bon… vraiment bon ; nous sommes comme transparentes, et nous jouissons ainsi d’une liberté de mouvement, de parole, de réaction que nous n’avions pas sur les îles Uros. Ce calme intérieur rendra notre petite ballade sur les chemins blancs de l’île, douce et mélancolique.
Nous croiserons des Taquiliens en habit traditionnel avec la présence du pompon qui a toute son importance dans la vie sociale de l’île; porté par les femmes sur le châle, et par les hommes sur leurs bonnets, il indique leur statut de femme ou d’homme mariés.
Prise par le temps, nous achèverons notre excursion dans le stress de savoir si notre bateau était parti sans nous. Il sera encore là, (ouf !) et déjà frustrée par la ridicule durée de notre escale, nous nous ferons réprimandées, par le capitaine ! Ah, là là…
Le retour sera merveilleux, nous aurons suffisamment de place pour nous allonger et pour nous endormir ; bercée par cette douceur que provoque le frôlement de la coque avec l’eau.
Je me réveillerais alors que le soleil se retirait en douceur. Et cette beauté, ce calme, cette tranquillité nous coupera à tous les cordes vocales. Cette lumière de fin de journée se reflétant sur le lac nous offrira un spectacle doux et silencieux. Les eaux claires du lac seront colorées et réchauffées par ce soleil couchant, qui fera, de ce lieu un miroir de l’âme. Nous verrons les paysages en deux, comme si se dévoilaient sur les eaux, la vraie vie de ce qui nous entoure, comme si se révélaient, à nous, un secret inconnu de tous.
Nous arriverons, apaisé et calmé, comme si encore une fois, nous avions vu ce qui peut constituer l’essentiel de cette vie. Ce plein de beauté nous fera rêver au lendemain, où l’on reprendra notre promenade lacustre… impatiente, nous nous endormirons avec une hâte insolente pour que notre langoureuse ballade reprenne son cours ! Mais ; heureusement, cette journée avait redonné de l’inspiration à nos rêves, qui nous accompagneront jusqu’au lendemain matin.
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